Nos critiques approfondies

Seet s'attache à analyser le cinéma et la littérature francophones, d'hier et d'aujourd'hui. Nous témoignons de leur évolution, de leur diversité et de la relation qu'ils entretiennent avec la société dont ils sont issus. Nous observons également la société par le prisme des œuvres qui la reflètent, offrant ainsi des perspectives uniques et pertinentes à nos visiteurs.

ICI S’ACHEVE LE MONDE CONNU : LE MELANGE EN QUESTION

Comment raconter la violence inhérente à la colonisation française dans les Caraïbes sans tomber dans la cruauté des images, de surcroit en quelques minutes ? Très vite donc, on imagine la question initiale qui explique la réalisation du film de la Guadeloupéenne Anne Sophie Nanki. La meilleure manière d’y parvenir consiste, pour elle, à appréhender le concept, cher aux poètes de la Négritude, du métissage. Ainsi, tout le film tourne autour du mélange, d’hybridité, de la mixture et de bigarrure. En effet, en 1645, en pleine exploitation des colonies, une femme indienne, Ibatali, tombe enceinte de son maître Blanc. En cherchant à le fuir, elle rencontre au cours du chemin, Olaudah, un esclave dans la forêt. Cette face à face, marqué par le regard méfiant, soupçonneux, suggère de façon subtil l’électricité dans l’air qui marque, par anticipation, leur incompatibilité d’humeurs.
Comment faire confiance à celle qui porte l’enfant de celui qui t’as colonisé et esclavisé ? De même, s’émanciper vaut-il le retour à la « barbarie », symbolisé par l’état de nature qui caractérise Olaudah, pour celle qui a assimilé les moeurs des « civilisés » ? C’est donc autour de ces interrogations se construisent le récit filmique à double penchant : implacable et poétique.
Ici s’achève le monde connu rend justice à la résistance des peuples autochtones de la caraïbe contre l’esclavagisation inhérente au projet colonial avec une mise en scène de l’ambiguïté car la beauté des grands espaces verts de la forêt et les rayons de soleil qui frappent l’objectif dialoguent avec une violence terrible- ici une bagarre contre le métissage suivi d’un infanticide, là la chasse aux esclaves et les coups de feu.
De l’ambigüité aussi dans le symbolisme des couleurs et leur évolution tout le long du film. Le spectateur attentif appréciera à sa juste valeur les variations paraboliques de la couleur rouge. Ainsi, le rouge devient résistance avec la peinture de guerre sur le visage d’Ibàtali ; d’aliénation (le bébé qui représente la société coloniale est enveloppé de l’écharpe rouge) et enfin du deuil avec le linceul du bébé. Ceci atteste donc la véracité des affirmations d’Eisentein : « En art ce ne sont point les relations absolues qui sont décisives mais ces relations arbitraires à l’intérieur d’un système d’images dicté par le travail particulier de l’art ; le problème n’est pas et ne sera jamais résolu par un catalogue déterminé de couleur-symboles. Mais la puissance de création émotionnelle et la fonction de la couleur naîtront du processus naturel qui conduit établir l’imagerie colorée du travail, coïncidant avec la méthode suivie pour créer le mouvement vivant du film » (Film Sense).

"Les analyses de Seet sont toujours pertinentes et éclairent d'un nouveau jour les œuvres que je pensais connaître. Un vrai régal pour les cinéphiles et les lecteurs avertis."

Marie-Claire Lefebvre

"J'apprécie la profondeur des critiques et la manière dont elles mettent en lumière les liens entre le cinéma, la littérature et la société. C'est très enrichissant."

Étienne Dubois

"Grâce à Seet, j'ai redécouvert des classiques et découvert de nouvelles œuvres francophones. Leurs perspectives sont toujours stimulantes et invitent à la réflexion."

Sophie Lavoie

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